Marronnier du mois d’Août

Monsieur Thibaut Sardier, spécialiste du marronnier du mois d’août, homme à tout faire du journalisme, publie ces jours derniers un article dans Libération un interview de Michel Pierre.

Et ça me donne des boutons, mes enfants.

Comme d’hab, chez pas mal de journaleux spécialisés « toutes rubriques », il n’y connait pas grand chose à l’affaire Seznec et , d’entrée de jeu, il pose quelques affirmations grossièrement fausses genre :

« l’avoir vu dans une banque le 2 juin »

« gracié »

Mais Dieu qui est bien bon, nous préserve d’une suite à ces ces reprises d’antiques billevesées et on passe vite la parole à Michel Pierre.

Vous le savez, mes enfants, j’avais déjà proféré des paroles amères à l’encontre de cet historien et de son bouquin. Mais aujoud’hui, comme il en rajoute, je vais vous décortiquer quelques exemples de sa pensée et de son raisonnement.

Alors, je les prend par ordre d’entrée dans le corps de l’article.

« Il bricole avec maladresse » (les promesses de vente). Ces deux mots sont, au minimum, inappropriés, en tout cas, ils sont la marque d’une subjectivité coupable pour un historien. En effet, Seznec, s’il est l’auteur des faux, reproduit un texte tout ce qu’il y a de plus banal pour une promesse de vente. On peut donc supposer deux versions, soit il retranscrit ce qui avait été établi avec Quéméneur dans une première version en changeant certains éléments dont le prix de vente , soit il s’est aidé d’un texte modèle pris dans un manuel. Mais le terme de bricolage s’applique -t-il à cette manipulation ? Sans doute dans l’esprit de Michel Pierre puisqu’il y ajoute « avec maladresse ».

Maladroit, Seznec ? Pas tant que cela. Il suffit de rappeler comment il fit l’acquisition de Traou an Vilin , sans ajouter les nombreuses histoires dont il se sortit plutôt pas trop mal . Et quand l’ « affaire » commença, s’il n’y avait pas eu Pouliquen et ses doutes immédiats pour orienter la Police, Quéméneur serait resté longtemps dans l’état de « disparu » et non pas de « victime d’assassinat ». Suivant cette possibilité, les promesses de vente seraient passées dans la plus totale légalité comme authentiques et auraient engagé d’une manière ou d’une autre ceux à qui on aurait confié la gestion des biens du disparu.

Maladroit Seznec ? Peut-être quand il s’agira de se défendre des accusations qu’auront engendré ses mensonges mais absolument pas quand il trace son plan pour récupérer ses dollars engagés, pour inventer le « devenir » de Quéméneur après Dreux, après Paris, après le rendez-vous l’avenue du Maine.

Et quelques mots plus loin, on trouve « une aubaine » pour Seznec. C’est bien dans le même parti-pris : aucune objectivité d’historien. Puis « le faux implique le crime ». Alors là, on atteint un sommet. Parce que ça n’a rien à voir avec un raisonnement logique tel qu’un historien a coutume ordinairement d’en émettre.

Quelques lignes plus loin, Michel Pierre insiste fortement sur la folie du juge Hervé. Tout d’abord, ce n’est pas en produisant un document purement administratif d’internement qu’on peut formuler un diagnostic surl’état mental d’un interné. Rappelons simplement qu’Hervé ne rechuta jamais après sa sortie de l’ HP (hôpital psychiatrique). Même s’il croyait avoir des apparitions. A-t-on interné Bernadette Soubirou ? Non.

La folie du Juge Hervé tient tant à cœur Michel Pierre qu’il nous dit dans son livre, qu’il inventa lui-même son glorieux passé dans les Services de contre-espionnage. Et cela, sans aucune référence. Pour un historien, ça ne se fait pas trop de nos jours…

Dans un paragraphe suivant, Michel Pierre nous présente le témoignage de Petit Guillaume avec des interprétations qui lui sont très personnelles : un véritable acharnement de pervers sexuel de la part de Quéméneur qui savait Seznec à Paris (ah bon ?) , le couple qui bricole les promesses de vente (ah bon? qui a parlé du couple ?) et la conclusion : les fouilles n’ont rien donné. Exit obligatoirement après ce résultat négatif le témoignage de Petit Guillaume.

Ca , c’est du travail d’historien ?

Enfin, Michel Pierre insiste sur la face bretonne des défenseurs de l’innocence de Seznec avec « biniou et drapeau breton » . C’est du lourd ! « C’est devenu irrationel une affaire Dreyfus à la bretonne  » Ah bon ? les signataires de la pétition sont-ils-majoritairement bretons ? Les milliers de spectateurs de la pièce de Robert Hossein (un breton ?) sont-ils-majoritairement bretons ? Le bon sens dont fait preuve la plus-part des historiens ne manquerait pas ici de quel qu’utilité.

Et pour terminer, la conclusion. « Un crime d’opportunité »

Madame Jourdan vient de publier un article où elle s’étonne avec justesse et finesse d’un tel raisonnement.

J’ose y ajouter que si Seznec convoitait les biens de Quéméneur, il faut obligatoirement qu’il ait tout prévu au paravent : le trafique des cadillac , le voyage à Paris, le choix du lieu du crime, etc…Et ça, ça s’apelle la préméditation. Or, le jugement lui-même n’a pas retenu la préméditation. Un peu en contradiction avec ses conclusions précédentes.

Ma conclusion à moi, sur cet article, mes enfants, vous l’avez déjà devinée. Non, ce que dit Michel Pierre ne fait pas oeuvre d’historien mais n’est que le propos d’un partisan , un de plus.

En petit supplément, je signale aux lecteurs qu’à la page 28 (version epub) Michel Pierre cite Charle Chassé à propos de l’anecdote de Quéméneur en compagnie d’une « dame » commandité par des copains. Et bien non, il ne s’agit pas de Charles Chassé mais de Francis Gourvil. et l’anecdote a été déterrée par Seznek (article du 28.8.2014) sur manuscrit de Gourvil (AD du Finistère. Fond Gourvil. article 244)

Et un tout petit truc pour la fin, dans la bibliographie, il n’est fait aucune place à Arthur Bernède, « Seznec a-t-il asassiné ?  » . Pouquoi l’un des livres les mieux documentés est-il absent ?

C’est sans rapport, mais j’aime…

6 commentaires sur « Marronnier du mois d’Août »

  1. Assez incroyable comment des personnes peuvent perdre toute objectivité dès qu’il s’agit de l’affaire Seznec. Apparemment un point commun, toutes ces personnes se « découvrent » un besoin impérieux de régler leurs comptes avec le mouvement indépendantiste ou autonomiste breton. Pourtant j’ai bien cherché dans tous les numéros de « L’Heure Bretonne », le journal indépendantiste breton pendant l’Occupation:Beaucoup de références historiques (avec des interprétations parfois plus que discutables) mais je n’ai pas trouvé une citation entre 1941 et 1944 pour parler de l’Affaire Seznec.
    Dans cette affaire trop de personnes partent d’une conviction sans fondement (liée à des préjugés idéologiques) pour aboutir à une conclusion écrite d’avance, le contraire du travail d’Historien.
    Les Faits, les Faits, rien que les Faits, séparés des commentaires et interprétations (toutes parfaitement honorables) que l’on peut en faire. Visiblement l’Affaire Seznec sert à un groupuscule (minoritaire mais ultra-actif) de combat d’arrière-garde.

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  2. Bonjour,
    Je serais heureux de vous fournir quelques éléments supplémentaires sur le juge Hervé (et l’invention de son rôle dans le contre espionnage français) et son dossier conservé aux Archives Nationales et sur la raison pour laquelle je parle de « bricolage » pour les promesses de vente.
    Par contre, vous avez tout à fait raison de noter l’erreur de référence commise entre Chassé et Gourvil qui sera corrigé. Ayant eu l’occasion à Morlaix de rencontrer récemment le fils de ce dernier , je lui ai aussi mentionné cette erreur dont je suis seul responsable.
    Je peux aussi mieux expliquer pourquoi je parle, sur la longue durée, d’Affaire Dreyfus à la bretonne.
    Peut-être est-ce possible de parler de tout cela avec une forme de courtoisie et de débat serein, d’autant que vous connaissez bien cette histoire ?
    Vous pouvez tout à fait me joindre par courriel à (adresse email rendu invisible par Skeptikos )
    Bien cordialement.
    Michel PIERRE

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    1. Bonjour,
      Je serai très intéressé de savoir , en effet, sur quel document vous vous appuyez pour écrire que c’est Hervé lui-même qui s’est inventé ce passé dans les services de contre-espionnage. C’est la première fois que cette hypothèse est avancée.

      Par ailleurs, les raisons pour les quelles vous parlez de bricolage et , vraisemblablement, et de la maladresse qui l ‘accompagne me seront d’une grande information.

      Je regrette toujours que vous parliez aussi légèrement du témoignage de Petit Guillaume. Mais passons.

      Vous avez pu remarquer que le style de mon blog est ironique, polémique et sans concession. Mais c’est son style.

      Vous pourrez cependant y apporter toutes les informations que vous pensez devoir donner , je saurai rester courtois.

      En tout cas je vous remercie dès à présent de votre participation.

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  3. Je me permets de venir dire ici que je suis heureuse que Michel Pierre s’intéresse à nos blogs Je ne l’ai pas nommé dans le mien. Je me suis arrêtée à sa fonction d’historien. Je ne connais pas ce métier. Alors je ne saurais pas le critiquer. Je m’étonne seulement que le témoignage de Petit Guillaume ne lui ai pas donné l’occasion d’investiguer plus avant dans cette direction. Monsieur Pierre, j’ai lu votre livre en e-book. Je vous remercie pour les infos que vous apportez. En particulier sur la biographie de Pierre Quéméneur. La principale objection que je ferais à l’impossible innocence, c’est le refus de croire Seznec. Lorsqu’on se met à le croire on trouve des confirmations sur l’affaire des Cadillac. Lorsq’il ment Seznec ment de façon, je dirais, casuistique. Non, il n’était pas au Havre le 20 juin. Pour ce qui est du 13 juin, avez-vous la certitude qu’il n’était pas chez Maître Bienvenue ce jour-là? La machine trouvée à la scierie n’était pas une machine connue de lui. Elle ne portait pas le numéro X684604 de celle que Chenouard a vendu le 13 juin. Alors je pose une question :
    La correspondance de Pierre Quéméneur était dactylographiée
    La lettre au garagiste de Rennes du 25 mai était dactylographiée.
    Il n’y avait pas de machine à écrire à Ker Abri.
    Il y en avaitavait-il une à Traou Nez.
    Kerné connaissait bien Quéméneur.
    Était-il son secrétaire.
    Est-ce lui qui dactylographiait sa correspondance commerciale.
    Avait-il une délégation de signature ?
    Est-ce que cela pourrait être lui qui aurait tapé les promesses de vente originales avec la machine qu’il aurait cachée à la scierie et que la police a trouvée lors de la perquisition du 6 juillet 1923?
    Est-ce que cela pourrait être lui grimé en Seznec qui aurait acheté la Royal 10 numéro X684604 pour contrefaire la promesse de vente détenue par le mandarin, qu’il dit ne pas avoir hésité à buter, par exemple le 27 mai à Plourivo, parce que Pierre Quéméneur avait résolu de le priver de la concession de Traou Nez pour la céder à Seznec ?

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    1. Bonjour Madame
      Vous avez tout à fait raison de réveiller nos mémoires sur des questions qui nous paraissent des fois résolues depuis des « siècles » de lignes de blogs et autres forums enterrés aujourd’hui. Je reviens simplement sur l’expression « tuer le mandarin » : il ne faut pas la prendre au pied de la lettre mais dans sa signification telle que donnée par tous les ouvrages traitant des expressions de la langue française, c’est-à-dire « Commettre un délit en étant sur de ne pas être dénoncé ». Son origine se trouverait dans un oeuvre de J.J. Rousseau. De Jaegher qui l’emploie dans une lettre au Juge d’Instruction, puis Privat qui la reprend, ne me semblent pas vouloir dire autre chose. Pour moi,la seule chose que j’y vois c’est que De Jaegher et Kerné ne s’entendaient pas à merveille et que cela pourrait servir à comprendre ce qui s’était passé dans la « faillite » De Jaegher.

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  4. P.S Je viens de retrouver dans le livre de Denis Seznec une reproduction de la facture de la maison Chenouard établissant que le numéro X684604 est celui de la machine VENDUE à la Garanty trust. La Garanty trust possédait une machine usagée 434080 qu’elle aurait vendu en « reprise  » à la maison Chenouard. Et c’est cette machine d’occasion qui aurait été achetée par Seznec. Donc l’auteur des faux ne peut pas être Kerné.

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