Chez les papetiers

Mes enfants, je vous ai promis encore une confession. Une fois de plus, je le redis, c’est comme du vrai et qui n’est pas complètement inventé. Vous aurez tout bénéfice à vous reporter à la généalogie des De Jaegher de Olivier Mamède Vallée, dans généanet, pour vous éclairer, dans Wikipédia pour certaines biographies et un article http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/usine-a-papier-dite-papeterie-vallee/d5aca954-f067-4320-b267-e47c4d2fe60b qui vous parlera papéterie. Vous trouverez enfin des photos d’ Yves Vallée aux Archives Départementales des Côtes d’Armor.

Voilà, moi, je ne suis qu’un cousin, pas bien éloigné mais qui n’a pas été au coeur du problème. Et tout ce que je vais vous raconter, c’est par contre ce que j’ai entendu, tout ce que j’ai vu sans jamais être au centre des décisions du « clan ».

La famille Vallée, c’était depuis des générations un sacré clan à Plounevez-Moëdec, Morlaix, Saint-Brieuc. Un clan autour d’une papeterie qui avait été fondée au début du XIX ° siècle puis gérée de pères en fils et au pluriel, tant nous étions de cousins. Ça avait tellement bien marché la Papetrie Vallée….Un affaire prospère qui étalait sa puissance dans toutes sortes de papiers et bien évidemment pour celui des journaux. Nous, c’était surtout le papier chiffon. Mais il y avait aussi la fourniture de l’artillerie avec le papier-poudre. On avait diversifié. Jusque dans la fonderie. Moi, j’ai dirigé la fonderie de Saint-Brieuc.

Côté famille, on était du genre uni. Il y avait nous, les Vallée et les De Jaegher. On se mariait, on se faisait des petits, entre nous. Au début, il y avait le grand-père Eugène De Jaegher, un type de l’administration qui tenait les comptes de chez nous. Mais les De Jaegher ( de jagre, qu’il fallait prononcer…) s’était aussi tourné vers les bois et charbons.

Un clan qui, quand il ne travaillait pas dans le papier ou le charbon, on faisait dans la médecine, ça nous venait d’une tante, je ne sais plus laquelle.

Sauf un , mon oncle François. Lui, il a fait dans la cause bretonne, la langue bretonne. Un fou de la langue. A l’usine de Plounevez, on était élevé au contact direct des ouvriers et particulièrement des femmes. Majoritairement du Trégor , mais aussi de toutes les paroisses de la Cornouaille, du Léon et même parfois du Morbihan. Mon oncle, il les écoutait et se forgeait un riche idée de la diversité de la langue, de l’immensité de la légende qui faisait toujours le fond de la culture, si vivante pour tous et sans cesse entretenue par la mémoire des femmes. Quelques illuminés avaient fait découvrir au reste du monde que la culture et la langue celte, c’était quand même quelque chose. Tel Hersart de la Villemarqué et son Bazar Breizh. Un monument que vénérait mon oncle François.

C’était vrai que l’Ecole St. Charles de Saint-Brieuc avait été en ces premières années du siècle un foyer du renouveau de la culture et de la langue bretonne. Grâce entre autre à Jaffrenou qui lança le mouvement. Il avait été l’élève de mon oncle. Et c’est par lui qu’il avait connu Lajat, un cousin par alliance. Tout ces gens se connaissaient souvent depuis le collège. Beaucoup s’engagèrent dans le Gorsedd, un truc de bardes.

Morlaix, c’était un peu la capitale « imprimante » de leurs cercles, parce que Lajat, typographe, y tenait son imprimerie.

Mais je reviens à cette sinistre histoire. Quand en 1923, on apprend la disparition de Quéméneur, le conseiller général de Sizun, mais surtout ce marchand de bois qui s’éait enrichi pendant la guerre en fournissant à tire-la-rigaud des poteaux à l’armée qui en avait tant besoin au fond des tranchées puis auprès des Américains, débarqués en 1917 à Brest pour construire les camps de Pontanezen ou de Montoire, un petit commerçant débrouillard, malin et jovial. Le Quéméneur, il n’avait pas réapparu dans sa famille depuis quinze jours. Nous, on le connaissait Quéméneur. Mais on connaissait bien Pouliquen , son beau-frère. On l’avait tous rencontré encore clerc dans les études notariales de la région. On savait son ambition. On avait mesuré son côté pointilleux et ses pingreries. Et quand Pouliquen a tout de suite orienté la police vers un assassinat dès le lendemain de son dépôt de demande de recherche, ça ne nous a pas bien étonné. Précautionneux comme il nous était toujours apparu, il ne pouvait pas laisser les choses dans le flou plus d’une minute et, s’attribuer au plus vite la gestion d’une si grosse fortune était bien son principal soucis .

Une si grosse fortune ? Chez les Vallée, on a toujours eu des doutes. Bon, d’accord, le cousin André de Jaegher, c’était pas ce qu’il y avait de plus costaud pour gérer ses entreprises mais quand même. C’est bien quand il s’est associé à Quéméneur, qu’il a dû mettre en faillite sa boîte. Et si il n’y avait pas eu l’influence des Vallée sur le tribunal de commerce… L’ André, il ne s’en serait pas sorti que par un simple faillite . C’est bien le Quéméneur qui a payé la grosse partie de l’addition…

Du capital , oh oui, il en avait. Mais du liquide, pour relancer les choses ? Son système foirait juste à ce moment-là, le marché des poteaux de mine avait changé de camp. Et lui, s’il voulait continuer dans les affaires, ce genre d’affaire, il lui fallait trouver un autre domaine, une branche nouvelle. Pourquoi pas la banque, à ce qu’on a dit.

Son capital ? Une grosse maison de « m’as-tu-vu » et une grosse forêt pas loin de Paimpol . dont plus un arbre n’était debout. Et puis quoi encore ? Rien.

En tout cas Pouliquen n’en fit ni une ni deux et se précipita pour « gérer » au mieux la reconnaissance de dette contractée auprès de son beau-frère. Et sans doute d’autres affaires pas bien avouables , des siennes comme celles de ses « clients ». On n’en saura jamais rien puisqu’il a fouillé sans scrupules les tiroirs du disparu cinq minutes avant que la police ne débarque à Ker Abri. Ah oui, un bien bel abri…

Chez les Vallée, Seznec, on ne le connaissait pas. Et quand nous avons su qu’André était en cheville avec lui, ça a été l’étonnement complet. En fin pas tant que ça, parce que , les trucs foireux, de la part d’André, c’était bien dans son style. Déjà, ce mariage, avec la pauvre Jeanne Marie, le lendemain de son accouchement, comme si ça n’aurait pas pu se faire avant….Et l’autre histoire, avec ce Valoris…Et le reste…

Dans les premiers jours de juillet, on apprend donc que l’André, c’est cul et chemise avec Seznec mais on apprend aussi que Lajat, l’ami de l’oncle François, il a rencontré Quéméneur à Paris le lendemain du jour où il a disparu. Tout de suite, tous les Vallée comprennent que si cette fichue histoire rejaillit d’une façon ou d’une autre sur la papeterie, ça ne sera pas bien bon pour le commerce. Nous n’avions jamais fait dans la rubrique politique par prudence, mais faire dans la rubrique criminelle, ça non jamais ! Surtout pas !

Donc réunion de famille immédiate. On envisage toutes les possibilités et la solution qui semble la seule positive sera de faire le silence complet sur nos liens de parenté. Et ce n’est pas facile, croyez moi, dans une ville ou tout le monde nous connaît…

Au cour d’une soirée mémorable, André se fait « expliquer » jusqu’où il pourra évoquer ses liens avec Seznec.

Au cour d’une autre soirée François somme Lajat, au nom de leur amitié, de ne pas révéler qu’il a croisé Quéméneur. Mais Lajat, au bout de plusieurs mois, rongé par sa conscience, ira parler au magistrat mais se gardera bien de parler de ses relations morlaisiennes. Campion qui ne connait pas bien la ville n’y verrarien de plus. Grâce à Inizan, on a coulé le témoignage de ce pauvre Lajat qui se consolera en retournant à ses chères études liguistiques et poétiques.

André lui, par sa naïveté quasi légendaire, donna à ses déclarations un aspect lunaire qui fait que personne n’y prêta grande attention. Les journalistes en firent de la copie mais sans trop y croire. Les Le Febvre, ses cousins par sa mère, ne semblaient pas bien chaud pour le défendre…

Ce qui a fait que nous nous en sortions sans plus de bruit, c’est quand même ce silence de tous à Morlaix. Si tous savaient, tous pensaient que ça ne regardait pas ces parisiens.

Seznec a-t-il tué Quéméneur ? Nous ne le saurons jamais. Ce que par contre, nous avions tous entendu, c’était ce bruit sur Quéméneur qui passait pour être l’amant de Madame Seznec.

Et pour illustrer, vos images :

Par ordre d’entrée en scène , dans des décors de Roger Harth et des costumes de Donald Cardwell,

François Vallée
Hersart de la Villemarqué
en l’absence de Quéméneur, ses soeurs

André De Jaegher
Yves Le Febvre
Alfred Lajat

Guillaume Seznec
Le décor , la papeterie Vallée à Plounevez-Moëdec

6 commentaires sur « Chez les papetiers »

  1. Sacrement interessant surtout lorsque l’on sait que depuis la fin du XIXeme siècle le bois remplace le chanvre dans la fabrication du papier. de là à ce que De Jaegher se dise qu’il y aurait les moyens de refaire une santé financière en revendant le bois des poteaux de mine qui ne se vendent plus, à la famille. Bien sûr, il est pas en très bon terme à cause d’impayés avec Quemeneur mais en s’associant avec le copain Seznec qui lui est en affaire avec l’ami Pierre, il y a moyen. A condition aussi de mettre fin à l’abattage inconsidéré des bois. La mauvaise gestion du domaine, les coupes inconsidérés ont déjà fait perdre beaucoup de valeur à la propriété, au point que Quemeneur n’arrive pas à vendre le domaine au prix qu’il en demande.
    C’est là que je me rappelle le téloignage de Francis Bolloc’h qui a conduit fin mai quelqu’un au manoir de Plourivo. Tout le monde a pensé que c’était Pierre Quemeneur. Et si c’était pas quelqu’un qui pensait que l’affaire était faite, il aurait eu des nouvelles, et qui se précipiterait pour mettre le haut-là zu mzddzcre de don futur bien. Zn tout cas pas Seznec qui est les mains dans le cambouis et qui n’a pas encore idée de comment acquerir Plourivo.
    En tout cas, même si je n’avais pas envie de voir mon nom mêlé à cette affaire, dans laquelle je n’y suis pour rien, pourquoi ne pas faire savoir que Quemeneur était toujours vivant après Houdan. Seznec mériterait bien celà.

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  2. Bien intéressant tout ça Vallée, Dejaegher, Lajat, même combat.
    Utile à savoir
    Merci
    Lycée Saint Charles de Saint Brieuc qui m’est tellement familier…

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  3. Je renvoie mon commentaire avec ma théorie, qui n’a pas du partir:
    Sacrement intéressant surtout lorsque l’on sait que depuis la fin du XIXeme siècle le bois remplace le chanvre dans la fabrication du papier. de là à ce que De Jaegher se dise qu’il y aurait les moyens de refaire une santé financière en revendant le bois des poteaux de mine qui ne se vendent plus, à la famille. Bien sûr, il est pas en très bon terme à cause d’impayés avec Quemeneur mais en s’associant avec le copain Seznec qui lui est en affaire avec l’ami Pierre, il y a moyen. A condition aussi de mettre fin à l’abattage inconsidéré des bois. La mauvaise gestion du domaine, les coupes inconsidérés ont déjà fait perdre beaucoup de valeur à la propriété, au point que Quemeneur n’arrive pas à vendre le domaine au prix qu’il en demande.
    C’est là que je me rappelle le témoignage de Francis Bolloc’h qui a conduit fin mai quelqu’un au manoir de Plourivo. Tout le monde a pensé que c’était Pierre Quemeneur. Et si c’était pas quelqu’un qui pensait que l’affaire était faite, il aurait eu des nouvelles, et se précipiterait pour mettre le haut-là sur le massacre de son futur bien. En tout cas pas Seznec qui est les mains dans le cambouis et qui n’a pas encore idée de comment acquérir Plourivo.
    En tout cas, même si je n’avais pas envie de voir mon nom mêlé à cette affaire, dans laquelle je n’y suis pour rien, pourquoi ne pas faire savoir que Quemeneur était toujours vivant après Houdan. Seznec mériterait bien cela.

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  4. Est-ce que quelqu’un a compris pourquoi Quéméneur a dû régler une ardoise de 72000fr pour une dette que Dejaegher était incapable de payer à Kerné ?

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