Journalisme et cabotage

Il y a deux jours, à la lecture de la lettre de Gourvil à Pierre Bellemare, je me suis fait la réflexion qu’il faudrait quelqu’un de local  pour nous faire l’analyse de cette société de Morlaix au début du XX ° siècle. C’était qui tout ces gens là qui ont eu une opinion bien ferme sur la culpabilité de Seznec ? N’es-ce pas finalement  eux qui ont enfoncé  celui qui n’était pas de leur univers ? Et c’était quoi cet univers ? Des laïcs contre des cathos, des farouches défenseurs de la  » bretonitude  » contre des républicains non moins farouches,  des bleus contre des rouges, des blancs contre des noirs, etc, etc ?

Des Bienvenu, des De Jaegher, des Cavellat, des Gourvil, des Vérant, des Lejat, des Lescoët, des Picard et des centaines d’autres des petits ou grands , des friqués ou pas friqués. 

Ça nous ferait peut-être comprendre un peu mieux.

Parce que l’histoire qui est arrivée dans la salle où le jury délibérait, comme quoi c’était un affaire de cocu, elle est arrivée comment ? 

Et puis,  j’ai pensé à Petitcolas, le beau-frère, celui qui était rédacteur en chef de l’Éclaireur du Finistère, un journal local, dont les bureaux sont 36 rue de Brest.  Il n’apparaît jamais dans l’enquête. Langlois croit qu’il y avait un vieille brouille , sans plus de détail. 

Bon. Me voila parti dans l’épluchage de la Dépêche de Brest. Et là, j’ai des surprises. 

Avant 1902, il devient rédacteur à  ce journal. Il va atteindre la quarantaine. Il venait des Vosges où après un certain temps dans l’Instruction , il était passé au journalisme. Je résume . En 1910, il serait parti de la Dépêche et il n’y pas de trace de lui pendant un certain temps. En août 1912, il ouvre un cabinet à Brest de transaction et de ventes de commerces, l’ « office Commercial et Contentieux ». Il dure jusqu’en 1916 ou il fait le commerce de « fil de fer » à la même adresse. Au début de l’année 1917, il est représentant et correspondant de la « Grande Brasserie  » de Lambezellec. Son bureau est situé 3 rue de l’Amiral Linois, la même adresse que les Cols en celluloïd de Seznec. D’ailleurs c’est en avril 1917 qu’il se marie à la sœur de Seznec, l’ex-madame Gadal. Mais à Paris. Ils vivraient sous le même toit. Quoiqu’il en soit, le commerce de bière ( j’avais bien dit, des bocks) se poursuit quelques mois. En 1921, il devient rédacteur, puis, rédacteur en chef de L’Éclaireur du Finistère. J’oubliais, en 1914, il donne aussi des cours de sténographie, de dactylographie et de Français et il sera plus tard , en  1922, Président de l’Union Sténographique Bretonne. Et aussi Président du Comité de Défense Laïque. Il a toujours eu une part active dans les unions sportives que ce fut à Brest comme à Morlaix. 

Dans Seznec-Investigation, il y a des détails intéressants sur ses biens immobiliers à Morlaix. 

Il meurt en 1928, durant un opération. 

Voilà. Les uns comme les autres, on avait fouillé les copains de Seznec depuis qu’il avait vu partir en fumée son magasin de vélo. Mais on avait pas vu Petitcolas. 

En parcourant la Dépêche de Brest, je suis tombé sur un petit article au 7 décembre 1921, annonçant que le vapeur Verdun allait reprendre la ligne maritime Morlaix-Le Havre. Je ne sais pas comment c’est venu, mais depuis pas mal d’années, je crois vaguement que c’était du temps de Madame Clausse, on affirmait que la ligne n’existait plus. Le dernier bateau ,  l’Edouard Corbière, avait coulé en 1917 et la société exploitante avait été dissoute vers 1921. Seznec-Investigation y faisait récemment allusion et j’adhérais totalement.

Mais voilà. C’était faux, le vapeur Verdun fera jusque vers 1930 une liaison , aussi bien de fret que de passagers  entre Morlaix, les îles anglo-normandes et le Havre. On trouve tout ça dans la Dépêche, rubrique « Mouvement des ports bretons ». Il transportait souvent des poteaux et j’ai cru lire aussi de l’essence.

Mes chers enfants, plutôt que de vous balancer des captures de tous les articles de la Dépêche, (vous vous y reporterez certainement), je préfère vous mettre une aquarelle de Whistler, c’est une vue de Jersey. 

14 commentaires sur « Journalisme et cabotage »

  1. Sujet ultra-sensible puisque Morlaix est patagé entre Tregor le Pays de Leon, Terre de prêtre par excellence. D’une manière générale on peut dire que les antagonismes sont très marqués. On juge et on est jugé non pas en fonction de ses idées ou de ce que l’on a fait ou pas, mais du bord auquel on vous rattache. Bien sûr il y a l’opposition catholique/ laic (nous ne sommes pas très loin de la Révolution et encore moins des lois de 1905) et la question de l’identité bretonne qui y est lié. Il faut rajouter que dans ce domaine, les courants sont également divisés. Chez les partisans de la culture bretonne il y avait les traditionalistes très liés à l’église ( en premier rang Monseigneur Duparc) mais aussi un courant moderniste (qui fleurte avec une forme de Paganisme).
    L’apogée de ces tensions se sera l’execution brutale de plusieurs prêtres début, les accusations portés contre eux à mon avis n’étaient pas établis, mais leur exécution prépara l’épuration au moment de la Libération.
    Le sujet passionnant mais toujours pas apaisé. Une histoire à avoir une certaine françoise morvan sur le dos.

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    1. Mais, à votre avis, quelle en fut l’influence sur l’image que les morlaisiens et les bretons eurent de cette affaire ? Un exemple très concret, en quoi sa position politique, influe-t-elle sur Petitcolas ou encore sur De Jaegher ?

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  2. Je dirais que ce n’est pas votre culpabilité réelle qui entre en ligne de compte, mais dans quel camp vous êtes perçu, ou pire votre famille. Quelque chose qui est presque de l’orde du clanisme et des vengeances qui y sont associées. Si Seznec, un étranger en pays morlaisien ‘l’étranger commençait à la limite du canton voisin), était perçu comme lié au milieu Catholique il ya rien d’étonnant qu’il se soit attiré les à-priori du milieu judiciaire.

    Comme quoi les haines ne sont pas éteinte en 2018 en Bretagne:
    https://www.ouest-france.fr/bretagne/scrignac-29640/scrignac-la-tombe-de-l-abbe-perrot-profanee-5661288
    En Bretagne qui aime particulièrement les histoires de meurtre sans sépulture. En comparaison l’affaire Seznec et de niveau du jeune communiant. Ici il y a là tout, le fils de notable, ivrogne…
    https://kristianhamon.blogspot.com/2015/07/les-trois-pendues-de-monterfil.html

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    1. Ce que vous dites nous éclaire beaucoup. Mais, dans ma culture de l’affaire, j’avais perçu Campion comme quelqu’un d’une grande neutralité . Comment faudrait-il le placer ?

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  3. Cela peut paraître ridicule vu de loin, mais dans le Finistère ‘Breizh Izelh, Basse Bretagne, Basse qui veut dire en fait Ouest), et ce n’est pas l’Ille-et-Vilaine (Breizh Uhel, Haute-Bretagne, ou Bretagne Orientale), il y a ceux qui ont un nom à consonnance bretonne ou française, pour les nobles c’est différent, certains on des patronymes bretons, français voire même irlandais ou gallois mais de lontaine origine).
    A mon avis Campion est peut être breton de naissance mais n’appartient pas au milieu bretonnant. A la différence de Seznec qui est un « bretonnant  » parlant français. Ce n ‘est pas forcement quelque chose de conscient, de réfléchi mais c’est à prendre quand même en compte.

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  4. Il faut aussi prendre encompte l’influence de la franc-maçonnerie dans les milieux de la haute administration et trés éduqués. Je suis incompétent dans le domaine mais j’ai découvert des liens que je ne soupçonnais pas entre ces milieux et l’extrême-gauche ultra laique.

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  5. Merci de ces précisions. Je suis de plus en plus comme égaré. Je croyais Campion « bretonnant ».
    De plus , après lecture de https://kristianhamon.blogspot.com/2015/07/les-trois-pendues-de-monterfil.html, je me pose la question de savoir en quoi notre recherche de la vérité sur l’affaire a un sens cent ans après.
    Mon père avait été l’un de ceux qui, dans sa région, s’était opposé à ces exactions. Il m’en avait parlé.
    Voilà. Ce soir, ce n’est pas si simple de batailler encore pour une telle cause au regard de ce qui fut commis quelques temps plus tard.

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  6. L’affaire est d’autant plus complexe que Quemener et Pouliquen appartiennent également au monde bretonnant. Au contrair de Peticolas. Donc c’est plus complexe qu’une simple histoire noir contre blanc.

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  7. Pour terminer le tableau je dirais également que Seznec était un solitaire. Il avait quitté son village natal qui loin de le soutenir, considérait qu’il avait jeté l’opprobre sur sa communauté d’origine.
    Pour résumer il y avair ceux qui pensaient au niveau de la Bretagne et ceux qui pensaient en terme purement local.
    Pour vous répondre, je dirais que nous devons garder une certaine distance, nous ne sommes pas concernés au même titre que Denis Seznec qui a été intimement lié à l’affaire et à ses suites. Comme Guillaume Seznec il a droit à un certain parti pris auquel nous ne pouvons prétendre.
    Par contre en recherchant la vérité historique pour Seznec nous défendons tous ceux qui sont condamnés d’avance parce que rattachés à une cause condamnable. Personne ne doit être jugé pour ce qu’il représente mais pour les faits et uniquement les faits qu’il a commis. La Justice n’est pas la Morale.

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