Edouard d’Alton

Vous vous souvenez,les enfants, il y a deux ans je vous avais laissé avec Edouard d’Alton et une interrogation ? Je n’ai pour habitude de recopier mes vieux textes mais pour un fois, tant pis.

« Oui, bon. Ce qui a retenu mon regard sur Edouard, c’est ce qu’il fait avec les bagnoles. Attention, pas du trafic de cadillac pourries mais de la voiture neuve, et de luxe. « Je les vole et je les revend, mais je les vole le plus souvent en les payant au concessionnaire avec un chèque sans provision »; C’est vrai qu’avec un titre de comte, un belle flopée d’ancêtres qui peuplent les colonnes du Larousse, c’est moins fatiguant côté crédibilité. 

Alors, ça fait quand même penser à un autre trafic, non ?

Et une hypothèse que j’avais mise au rancard, sous prétexte qu’elle manquait d’assises, refait surface: l’idée à Quéméneur d’inventer la vente de cadillac, elle aurait été suggérée par quelqu’un de la bande à Vacquié ( c’est un peu Hervé qui m’a fait penser comme ça) à un moment où le Quéméneur , il aurait dit qu’il voyait bien les dollars en aide à ses projets directoriaux, mais qu’il savait pas comment faire…

Ouai, cette hypothèse,il faudrait voir à la retravailler un peu… »

En fouillant dans les pages du journal  » l’Auto », j’ai trouvé hier une annonce au 28 septembre 1922. Une annonce  rédigée par d’Alton. Avec ça, j’ai compris que d’Alton lisait  » l’Auto » et qu’il avait de fortes chances d’avoir lu un autre annonce dans ce journal le 7 février 1923, celle qui recherche dix cadillac. 

J’ai gratté un peu cette annonce et derrière, m’est venu l’idée de confidences de d’Alton à sa tante , vous savez celle qui m’a tant charmé. 

Et bien moi, j’aurais bien aimé. Mais comment faire autrement ?

Vous savez, la jeunesse c’est pas une période bien drôle, dans nos familles d’aristos.

« Un grand verre de grand’messe et un doigt de couvent »

qu’il dira un jour un autre type

« Cerclé de généraux

Être culotte de peau »

Non, vraiment c’est pas du folichon.

même si à la chute

« elle se tape la bonne »

Mon père m’avait poussé à faire des études d’ingénieur . Je me suis emmerdé. Et puis, le paternel, il était pingre, mais pingre. Pas un sou. Alors je me suis mis à rêver.

Sur ma planche à dessin, aux ateliers Charron, à Puteaux. On faisait des bagnoles de luxe, à la pièce. J’avais dans ma partie la responsabilité de les vendre aux bourgeois, aux aristos. Pensez, un marquis qui leur ventait la marchandise. Mai moi , ça me suffisait pas. Et pour rêver, j’ai fait l’escroc.

Oh, pas grand chose, juste du bidouillage comme ça.

En usant d’un carnet de chèque sur le quel la provision était plus qu’inexistante, j’achetais des bijoux que je déposais bien vite au Mont de Piété ou que je refilais à d’autres bijoutiers, des plus véreux, des moins regardant.

A mon père, ça lui a pas plu. Il a fait une colère, un sainte colère bien entendu, avec la morale de cureton à l’ appuis. En représailles, direction Rio de Janeiro, comme d’autres mauvais fils de cette époque.Un aller simple.

Ça m’a assagi. Et là, entre français punis mais bien particulés, on s’est remonté la cerise.

Vous savez, les comtes, les marquis et autres ducs qui se sentaient pas bien dans leur rôle tout défini de géniteurs endimanchés, il y en a eu par centaines .Tenez, Toulouse-Lautrec, en autres. Mais lui, il avait sa mère, et il avait la peinture. Ça l’aidait pour rattraper son manque à vivre. Mais moi, que nib .

Ingénieur ! Ingénieur pour quoi faire ? Des calculs, des machines ? Qu’est-ce que j’en sais moi ?

Et bien à Rio, j’ai fait l’ingénieur, et je me suis marié, et j’ai fait des gamins.

Mais ça n’allait pas mieux.

Je suis revenu en France, après la guerre.

Et j’ai traîné à Paris.

Mais là, j’ai retrouvé un ami, un vrai.

Je l’avais connu à Nice. On était du Sud, tout les deux et on s’entendait bien. Vacquié. Un sacré rigolo. Avec lui, c’était la grande vie tous les jours. Un vrai de l’arnaque, de la combine et du grand foutage de gueule. Il avait toujours une idée à développer pour extraire de la poche du petit rentier les pièces et les billets, les économies laborieusement entassées.

Côté littéraire, il s’était mis en quête d’autres fanas de la langue occitane, les félibres. On voyait bien, il y avait dans leurs rangs des grands maîtres dans le rêve poétique. Mais il y avait aussi des malins, qui, sous le prétexte de financer les belles lettres, soutiraient aux copains leurs économies . Tenez, il y avait là le vieux Gautier. Un sacré maître en trompe- l’œil, et qui-plus-est, superbe côté apparence. Même la police le trouvait sympathique. Et puis fou de théâtre et de poésie. Sa fille était assez maligne. Elle avait réussi à introduire la flicaille en devenant médecin à la Préfecture de Police.

Vacquié et moi, on partageait beaucoup de choses. Lui, il menait sa Banque, enfin ses banques et moi, je faisais des petites affaires, sans grande envergure. Mais bon, j’ai jamais voulu entrer nommément dans ses divers conseils d’administration . Ça ne me paraissait pas très prudent, vu la rigueur de ma famille.

En 1923, je revendais des écrémeuses. Plus exactement, je touchais les chèques de mes clients et basta pour la livraison. Dès que ça sentait la plainte, je disparaissais. Et tout ça sous le nom de Dalton . Ça sentait bon l’Amérique pour donner confiance.

Avant le printemps, Vacquié avait ferré un bon gros poisson. Conseiller général dans une Bretagne lointaine. Vacquié m’avait exposé que le gugus à qui il proposait la direction du Havre et une entrée au CA de la BFC, espérait un prêt pour financer tout ça. Il comptait en partie sur le magot d’un copain plus ou moins magouilleur dans des affaires de Cadillac de l’armée américaine. Mais il ne savait pas comment obtenir les dollars que détenait ce pote.

En février, j’avais trouvé dans l’Auto, un drôle d’annonce réclamant un lot de dix cadillac venant des stocks de l’armée et par curiosité, je m’étais renseigné. Des torpédo, j’en avais volé et revendu, mais toujours une par une. Mais par dix , et des vieilles d’occase mais d’origine ? Bizarre, quand même. J’ai eu vite la réponse. Un certain Charly agissait pour un tiers qui devait fournir en sous main des responsables de chez les Russes.

Ah oui ?

Bon, des russes, bon, des américains, pourquoi pas ?

Moi, c’était pas bien mon domaine et je n’en avais rien à fiche.

Mais quand Vacquié m’a parlé de cadillac des stocks, ça m’a rappelé l’annonce.

En trois coups de cuillère à peau, on a persuadé le notable breton de faire croire à l’autre qu’il y avait une vachement bonne affaire à réaliser du côté des cadillac . On a appuyé ça avec quelques lettres qui seraient venu de la Chambre de Commerce des Etats-Unis et surtout bien emmailloté de voiles de mystère.

Le breton, qui s’appelait Quéméneur, fut emballé par la combine. Ces boutiquiers de province, c’est tout un poème. Rien que de se voir directeur de banque, lui qui juste avant la guerre, était encore à vendre sous son comptoir de l’alcool de contrebande et qui , grâce à des poteaux pour les tranchées, avait fait une grimpette de fortune plus que rapide, ça lui avait un peu porté sur le caillou. Oui, tiens l’honnêteté, c’était que de la façade …

La suite ? Tout le monde la connaît, non ?

On a bien touché les dollars et un peu de liquide. Gautier a signé un reçu temporaire sur un carte de visite. Le coco, il devait allé percevoir un chèque à la poste restante mais il a téléphoné que le chèque n’était pas encore arrivé. Puis l’après midi, rebelote. On lui a dit que cela pouvait attendre.

Mais on l’a jamais revu.

Quand en 1924, la police est venu nous poser des questions, ça nous a fait un peu rire. Vous croyez qu’on allait leur avouer que les dollars ils avaient terminé dans nos poches ?

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